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Liberté de la presse au Vietnam : une bataille sans fin

par Christina Mrad


La journaliste, auteure et activiste Pham Doan Trang a été condamnée le 14 décembre 2021 à une peine de neuf ans de prison par le tribunal d’Hanoi. Elle est accusée de « propagande contre l’État de la République socialiste du Vietnam ».

La vive répression qui sévit le Vietnam a encore frappé. Après l’arrestation de la célèbre journaliste Pham Doan Trang le 6 octobre 2020, la justice vietnamienne a enfin rendu son verdict. L’écrivaine de 43 ans, jugée « dangereuse pour la société et le régime socialiste », selon le juge Chu Phuong Ngoc, encours une peine de neuf ans de prison. Une condamnation rude mais pas surprenante pour la militante qui avait par avance, rédigée une lettre à sa famille, dans l’espoir d’être lu. Cette lettre, la famille de Chu n’a pas hésité à la partager au journal indépendant « Thevietnamese » [1] :

« L’humanité tend vers le pluralisme […] seuls des gouvernements extrêmement stupides et odieux tenteraient de l’éteindre par la répression et l’emprisonnement de dissidents, d’écrivains, de journalistes, de critiques sociaux et de militants pour la démocratie et les droits de l’homme », écrivait-elle.

Une répression qui dure depuis des années

Depuis ses débuts sur le devant de la scène militante, la journaliste se sentait menacée par les autorités du pays, qui suivaient ses moindres faits et gestes. Lors de son procès, on lui reproche notamment d’avoir partagé des rapports faisant part de la responsabilité de son pays face à catastrophe naturelle de grande ampleur, qui avait provoqué la mort de plusieurs tonnes de poissons. La militante abordait aussi souvent des sujets de société tels que les violences policières ou les révoltes portées par les habitants privés de leurs terres par l’État. Peu de temps après ses dénonciations, la journaliste racontait le harcèlement subi par le gouvernement communiste, marqué par une insécurité permanente. Des années de persécutions, qui débutent en 2009, qu’elle explique dans son ouvrage « Policies of a Police State », (les Politiques d’un Etat policier), publié clandestinement. Dans ce livre elle raconte par exemple, comment la police s’emparait et diffusait des images privées issues de son ordinateur personnel ou encore l’empêchait de sortir de chez elle en condamnant sa porte d’entrée. Des propos choquants, qui avaient encore une fois, irrités le régime. En tout, la journaliste déclare avoir été arrêtée 25 fois depuis 2015.

Palais de l’Indépendance du Vietnam,  Ho Chi Minh City, Vietnam – Diego Delso.

Les ONG demandent sa libération

En 2016, l’ancien président Barack Obama en visite au Vietnam, avait invité la bloggeuse politique à un rassemblement d’activistes dans la ville de Hanoï. À la suite de son arrestation et l’impossibilité d’assister à la conférence, elle avait été une nouvelle fois détenue après une rencontre avec une délégation européenne sur les droits de l’homme. Conscientes de ses actions et démarches, les ONG Human Rights Watch (HRW) et Reporter sans Frontières (RSF), demandent sa libération depuis lundi dernier. Ils condamnent notamment les violences et mauvais traitements subis en prison, qui portent atteinte au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, ratifié par le Vietnam en 1982. De plus, Pham Doan Trang avait obtenu le « prix de l’impact » le 12 septembre 2019 à Berlin pour sa bataille pour la liberté de la presse. Dans sa lettre, elle écrivait, citant l’auteur vietnamien Nguyen Trai : « Un animal peut mutiler un humain à mort, mais c’est toujours un animal. L’humanité porte en elle la capacité de raisonner et peut même être tuée à cause de cela, mais la protection de la raison est à jamais le devoir sacré de l’humanité. »

  • [1] The Vietnamese Magazine. Pham Doan Trang’s Final Statement At Her Trial. 14 dec. 2021.

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