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Le Liban, dans l’enfer de la corruption

par Christina Mrad


Au Liban, selon l’ONG Transparency International, l’indice de perception de la corruption (IPC) atteint un score de 25 [1], ce qui fait de lui le 32ème pays le plus corrompus du monde. Cette corruption, majeur élément d’une crise économique d’une ampleur sans précédent, est ancrée dans le pays depuis plus de trente ans.

© Archives Rafik Hariri – Le premier ministre Rafic Hariri en famille avec son épouse Nazek, Ayman, la benjamine Hind, Oday, Joumana, son mari Nizar Dalloul et Fahd.

Un communautarisme destructeur

La corruption au Liban a des origines lointaines. A la sortie de la guerre, le gouvernement libanais, fraîchement sorti des décombres, reçoit de nombreuses aides par l’Europe et les États-Unis. Destiné à reconstruire les villes, les infrastructures, à s’occuper de la mise en service de l’électricité ou encore du traitement des ordures – problèmes encore non résolus aujourd’hui – l’argent s’est vu rapidement dilapidé, mais à d’autres fins. En effet, tandis que les Libanais attentent la reconstruction de leur pays, les membres du gouvernement, les chefs de partis politiques et leurs familles elles-mêmes, se partagent généreusement la somme. Un communautarisme prépondérant, qui pousse le gouvernement à penser l’État comme un bien à pilier et à partager. 

A titre d’exemple, un certain dirigeant de l’état, ex-premier ministre démissionnaire, s’est permis d’offrir à une pin-up de 20 ans la somme de 16 millions d’euros entre 2013 et 2015 [2]. Toujours dans le même registre, les deux familles les plus riches, les Mikati (Premier ministre actuel) et les Hariri (ancien Premier ministre), détiennent à elles seules 15 % des richesses du Liban.

Une classe politique issue de la guerre

D’autre part, il s’avère que la plupart des dirigeants libanais sont d’anciens militaires, même parfois criminels de guerre. Les membres du Hezbollah, soutenus par le président Michel Aoun, sont encore majoritaires au sud du Liban. Ils sont alliés à certains partis politiques, et participent à la gérance du portefeuille des Finances. « Une classe dirigeante issue de la guerre qui a su prolonger sa violence par le vol a fait d’un pays à reconstruire un pays à piller », écrivait le journal l’Orient-le-jour sur les racines de la corruption [3]. 

La « culture de corruption », comme la nomme le rapport publié en janvier 2021 par l’ONG allemande Democracy Reporting International (DRI), est également une mentalité, une manière de voir l’État, implantée dans l’âme des libanais depuis des années. Le travail de reconstruction se fait alors aussi bien sur un plan réformiste que sur un plan moral, éducatif. Au cours des dernières années le Liban s’est doté d’une législation en matière de lutte contre la corruption. Or la loi du 8 mai 2020, visant à contrôler la lutte contre la corruption du secteur public n’est toujours pas effective. Encore faut-il commencer par la nomination de ses membres. Aujourd’hui encore, l’impunité de la corruption fait défaut au Liban et à ses relations qu’entretient le pays à l’étranger. Cette semaine l’Arabie saoudite a décidé de couper les ponts et de se désengager du Liban, jugeant le Hezbollah comme figure dominante de la scène politique libanaise.

  • [1] Un score haut indique un degré de perception de corruption bas. Un score bas indique un haut degré de perception de corruption. A titre d’exemple, celui de la Nouvelle-Zélande, pays à très basse corruption, le score est à 88.
  • [2] Joyce Karam. (2019). “Hariri reportedly gave South African model $16 Million in 2013.” Twitter.
  • [3] Joseph Maila. (2021). La corruption au Liban : les racines du mal. L’Orient-le-jour.

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